Les storyboards comme introduction filmique

Généralement réalisés à la main, les storyboards ont la réputation d’être excessivement éphémères. Partir à la recherche d’une incroyable série de storyboards dont on nous a parlé n’est pas de tout repos : si on fouille dans telle ou telle archive, ce sera sans succès ; si on découvre des boîtes, elles seront vides ; si on trouve des reproductions en ligne, elles seront illégales.

Voici la triste vérité : bon nombre des grands artistes de l’âge d’or de Hollywood sont décédés, et l’immense majorité de leurs travaux prend probablement la poussière  en ce moment même dans un grenier. Très rares sont les storyboardeurs à détenir les droits de leurs créations, et la plupart des entités qui pourraient en être propriétaires ont désormais disparu. En plus d’être éphémères, les storyboards sont aussi des œuvres en constante évolution. Un artiste dessine des centaines de brouillons avant de parvenir à une version définitive, et même à ce stade, rien ne garantit que la scène ne sera pas coupée au montage ou pire encore, que le film verra le jour.

Bien que les storyboards soient, par essence, des travaux fugaces, ils sont indéniablement des œuvres qui vont bien au-delà d’une simple bande dessinée : les artistes s’aventurent très loin dans le processus cinématographique.

 

Un mécanisme artistique méconnu

Le département artistique a tendance à être le héros méconnu d’un film fini. Rien de plus simple que de remarquer un angle de prise de vues, un filtre ou encore un costume exceptionnel, et d’en rendre mérite au scénario ou à la réalisation.

Un réalisateur peut débarquer dans un projet sur le tard ; un directeur de la photographie peut commencer à intervenir sur un film une semaine avant le début du tournage. Mais le département artistique doit être à pied d’œuvre dès les premiers instants, pour définir l’aspect visuel du film.

L’une des premières personnes à travailler à la production d’un film est le storyboardeur, qui est chargé de dessiner l’essence même du film fini. Un storyboard est la première interprétation d’un projet sur le point d’entrer en production, qui existait jusqu’alors exclusivement sous forme de mots. En travaillant de concert avec le réalisateur, les storyboardeurs traduisent le scénario, ou des scènes, en une ébauche de la vision finale. S’il arrive que leurs travaux soient transposés directement, il est plus courant que seul l’esprit de leurs œuvres transparaisse à l’écran.

 

illustrateur

 

Les storyboardeurs, ces héros habiles

Les storyboardeurs s’emparent de certains éléments présents dans le scénario et, en travaillant en étroite collaboration avec le réalisateur, synthétisent ces idées en une image, à la façon d’une bande dessinée qui semble en trois dimensions, comme par magie. Parfois ce sont les réalisateurs eux-mêmes qui donnent aux storyboardeurs leurs croquis ; parfois ce sont les dessinateurs qui produisent un brouillon qui sera affiné jusqu’à obtenir les storyboards publiés. Ceux-ci comportent souvent des instructions sur l’angle de la caméra et les dialogues pour contribuer à définir la scène.

En plus d’aider les réalisateurs à clarifier ce qu’ils souhaitent obtenir, les storyboards sont des outils transversaux utilisés par tous les départements d’un film pour concevoir ce qui est nécessaire, des caméras à l’éclairage en passant par les doublures, le maquillage, les effets spéciaux et la décoration. Même lorsqu’un réalisateur a des idées précises dès le départ, le storyboard lui sert d’aide-mémoire et de modèle.

Quand on parle de storyboard, il est cependant important de bien faire la distinction entre les croquis à la va-vite et ce qu’on appelle les “dessins d’atmosphère” ou “maquettes”. Les maquettes, désormais entièrement réalisées en couleurs sur ordinateur, sont une interprétation artistique, un outil de mise en scène qui donne des clés et de l’inspiration visuelle. Les croquis vite faits sont souvent ce avec quoi le storyboardeur doit composer pour réaliser ses premiers dessins.

 

Pour aller plus loin ..

Bien sur il ne s’agit là que d’une première partie à l’immense chantier qu’est la construction d’un article bien huilé sur le storyboard. Je vous propose donc un petit éventail photographique sur quelques storyboards. Prenez le temps de les admirer et amusez-vous à les comparer avec les films en question.

“Psycho” Hitchcock – 1960

storyboard Psycho Hitchcock

“Jurassic Park” Spielberg – 1993

storyboard Jurassic Park Spielberg

“Le Labyrinthe de Pan” del Toro – 2006

storyboard Le Labyrinthe de Pan

“Star Wars” Lucas – 1977

storyboard Star wars Lucas

 

 

Je reviendrais sur un aspect plus technique dans un second article consacré à l’élaboration d’un storyboard. Je vous expliquerais par quels procédés établir un bon schéma visuel, quels outils de dessin à utiliser (à main levée ou par assistance ordinateur) et comment retranscrire à l’aide d’un seul dessin l’essence même d’une phrase d’un scénario.

Pour aller plus loin, je vous propose de consulter ce site : “Art of the Title” qui est, certes un site consacré exclusivement sur le générique de film, mais un excellent tremplin vous aidant à comprendre comment à été construit un film. Le générique est, quant à lui et tout comme le storyboard, une fenêtre ouverte sur la compréhension globale permettant de déceler les mécanismes d’un film porté sur grand écran.

 

 

 

Tags : ArtGraphisme

Un commentaire

  1. Une plongée passionnante dans cet univers, qui nous permet de toucher du doigt la genèse même de la conception d’un film… vivement la suite !😘

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