Naissance d’un art complexe – PARTIE I

Le générique de film pour expliquer le cinéma d’hier et d’aujourd’hui.

Lorsque le cinéma, à l’aube du XXe siècle, ouvre enfin ses portes et se popularise, nous étions loin d’imaginer que ce nouveau loisir à la mode allait prendre une toute autre ampleur. Car, de tous les arts qui puissent exister, celui de la cinématographie est bien mystérieux et fascinant.

Depuis l’invention du cinématographe en 1895 par les Frères Lumières, le cinéma n’a eu de cesse d’évoluer, entrainant avec lui moult innovations techniques et graphiques. Il était de coutume dans une salle de théâtre ou d’opéra de débuter son spectacle par un lever de rideaux. C’est de cette idée qu’a découlé l’ambition d’introduire, dans un premier temps, pour une fiction cinématographique, en amont et en aval, une sorte de carton-titre. Il était question de désormais découvrir le film par une entrée en matière et propre à lui-même. Ce fameux carton-titre est une première version du générique de film tel que nous le connaissons aujourd’hui.

une projection grâce au cinematographe

Ce sont alors les premières formes de génériques de début (ou parfois de fin) qui voient le jour progressivement, avec les carton-titres et les emblèmes généralement placés aux extrémités du film, et c’est en 1903, avec le film L’Attaque du grand rapide d’Edwin Porter. On y dépeint le chef des bandits regardant de face les spectateurs et pointant son arme vers eux ; un fragment placé en introduction ou en conclusion, un peu à la manière du théâtre. C’est avec cette approche que s’est institué une volonté de construire autrement la narration et de présenter les interprètes du film.

Une autre évolution s’instaure peu à peu en fonctions des premiers films, celle des interprètes. Cela amène inévitablement le cinématographe à concevoir des génériques plus longs revendiquant enfin la nature collective des œuvres. À l’instar d’un livre que l’on découvrirait avec en premier lieu sa couverture, son intitulé, ce carton-titre offrait la possibilité de s’immerger dans une fiction en mouvement. Cependant, ces frêles débuts qu’à connu le générique de film n’ont pas toujours étaient aisés. Le cinématographe était considéré comme assez douteux et faisait écho au monde du spectacle et de la mascarade. Les comédiens, issus du théâtre, s’opposaient à l’idée d’inscrire leur participation aux films dans lesquels ils jouaient. Bien au contraire, ils évitaient toutes implications, restant alors, anonymes. C’est ainsi que pendant de nombreuses années seul le titre, et puis de plus en plus le nom du producteur, parfois le studio de production, apparaissaient à l’écran. Ce ne sera alors que bien une décennie plus tard que les premiers noms de réalisateurs apparaissent à l’écran. Initialement, le générique de début consistait juste en une présentation formelle (titre, participants…). Il remplissait une fonction explicite d’ordre administratif et juridique (fiche d’identité du film ayant notamment pour but de limiter le piratage) ainsi qu’une fonction implicite de démarcation temporelle de la fiction : l’histoire commençait après le générique de début et s’achevait sur le carton «fin».

retrospective des générique de film de FincherRétrospective des génériques de films de D.Fincher.

Progressivement, les réalisateurs ont transgressé les règles afin de mieux immerger le spectateur dans l’œuvre. En effet, notons qu’en dépit de cet anonymat qui subsistait, une volonté de conserver les copies de films en inscrivant désormais leurs noms à travers les logos de production, empêchaient à présent tout piratage et réservait tous les droits. Le générique est né. Le film est une œuvre collective dont les auteurs sont souvent plus nombreux qu’on ne le pense. Acteurs, réalisateurs, producteurs, scénaristes, monteur tiennent à avoir leur place dans le générique.

l'origine des scenario de filmScénarios préparatoires à la mise en place filmique.

Le cinéma comme racines, mécanisme audiovisuel

Le cinéma a plus de cent ans. Il a fortement marqué le XXe siècle. Du début des années vingt jusqu’à la fin des années cinquante, et à travers le monde, c’est par dizaines, et parfois centaines, de millions de spectateurs que les salles se remplissaient quotidiennement.

Depuis que la télévision menace l’existence du cinéma, la fréquentation des salles a diminué, mais elle reste très forte. Parce qu’elle exige un effort collectif et une multitude de savoir-faire. Le cinéma semble avoir recueilli ce que les autres arts avaient perdu à cause, entre autre, des moyens de reproduction technique. Ce qui avait été un symptôme de désenchantement du monde s’est trouvé métamorphosé par le cinéma en magie et merveilleux. Rêve d’un monde sans rêves, le cinéma devient rapidement, pour les foules solitaires des grandes villes, une promesse de fête et de prodige, mais il prend aussi une fonction politique et idéologique. Il ne s’agit pas, avec le cinéma, de n’importe quelle image, mais de reproduction technique. Le cinéma est «l’image de la réalité».

Cette «définition» reste toutefois extrêmement problématique. L’image de reproduction est puissante parce qu’elle se rapproche du reflet, du double, de l’empreinte, parce qu’elle n’est pas séparée de son objet, sans lui être, pour autant, identique. C’est cela qui constitue l’origine mystérieuse de l’amour et de l’atmosphère de transe qu’il suscite. Ce pourquoi on quitte le monde clair pour les salles obscures, où l’on est assis avec d’autres tout en étant radicalement seul, les yeux fixés sur l’écran blanc, sachant que ce que l’on voit n’est pas réel et croyant en même temps à la réalité de cette illusion. Bien qu’assis passivement dans le noir, le spectateur n’est pas dans cette position contemplative. Au contraire, par cette pseudo-relation de miroir, il est projeté sans y être. au cœur de la fiction, de l’action et des événements. Image, action (fiction), émotion : voilà la trinité cinématographique.

le cinema et amelie poulain de JJ Jeunet“Amelie Poulain” de J.J.Jeunet.

Expansion et reconstitution d’œuvres cinématographiques

Bien que le fait cinématographique soit utilisé mondialement et de manière très différente, et quels que soient aussi les désirs qui ont pu précéder son existence ou les fantasmes et les pensées qu’il a pu susciter depuis son invention, son apparition est le résultat de conditions historiques précises. Le cinéma est né dans un monde déterminé par la science et la technique. Il a évolué grâce à elles et sera encore transformé par elles au risque de disparaître. Il fallait que le monde fût défini comme réalité objective, ensemble de faits observables, enregistrables et reproductibles. Cela est le présupposé absolu de l’invention du cinéma, moyen de reproduction technique des images en mouvement de la réalité.

Le 28 décembre 1895, au Grand Café à Paris, un public d’invités assiste à une démonstration du Cinématographe Lumière : la projection sur grand écran des «Vues», images de reproduction animées. La sortie des usines Lumière a été la première d’entre elles, conçues au départ comme une expérience scientifique. Elle a été suivie d’autres «Vues» réalisées dans la même intention d’enregistrement et de reproduction du mouvement, imposée par les chargeurs de pellicule, d’environ une minute, avec un point de vue fixe. Elles n’avaient d’autre but que de reproduire des fragments d’espace-temps et du mouvements du monde.

affiche cinematographe lumiere

Méliès, de l’illusion à la fiction

L’avenir du cinéma, c’est Georges Méliès qui l’inventa. Figurant parmi les invités du Grand Café, il comprit immédiatement la fonction spectaculaire du cinéma. Il dirigeait alors un théâtre qui portait le nom de Robert Houdin, le créateur de la «magie» moderne, et était lui-même «illusionniste». Si les «Vues» Lumière avaient été précédées des «panoramas» et des toiles peintes que l’on déroulait dans les foires pour représenter les voyages, Méliès hérite du spectacle de la lanterne magique, de celui des ombres chinoises et du théâtre des fantasmagories. Là où Lumière offre des vues de la réalité, avec Méliès c’est l’«image» en tant qu’imaginaire qui apparaît dans l’image de la réalité.

portrait de george meliesGeorge Melies

Ainsi le cinéma, image de la réalité, découvre son autre face : la réalité de l’image. Dans cette métamorphose, le hasard tient son rôle : pendant le tournage d’une scène documentaire place de l’Opéra, la manivelle de la caméra se bloque un moment. À la projection, Méliès voit des véhicules et des gens se substituer brusquement à d’autres. Il avait jusque-là utilisé la caméra pour filmer des spectacles scéniques de prestidigitation. Dès ce moment là, il va se servir des moyens essentiellement cinématographiques : substitution, simultanéité des scènes filmées avec des caches, surimpression, fondu, rapprochement, grossissement, ralenti, accélération, déroulement à l’envers.

Grâce à ses talents de décorateur et aux trucages qu’il invente, Méliès créé des spectacles de féerie cinématographique dont le plus célèbre est Le Voyage dans la lune, 1902. Il met aussi en scène, dans son studio, des «actualités» que le public désire voir, anticipant ainsi ce que l’actualité deviendra dans la société du spectacle : du pré-filmé, une mise en scène d’événements en vue de son enregistrements et sa reproduction.

Tags : Cinéma

4 commentaires

  1. Une immersion qui nous permet de parfaitement comprendre la naissance du 7ème art……Un vrai régal pour le néophyte que je suis. Merci

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